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La
petite rivière de l'oubli |
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L'aube
pâle baignait de sa douce lumière les rives humides de rosée
vers où ma promenade matinale guidait mes pas. Elle était là
et son onde fugitive, au murmure apaisant, attira mon regard inexorablement. J'en
devinais les moindres contours, encore inondés de brume, dont la quiétude
des lieux berça mon cur comme autrefois. Amie sereine, qui abrita
jadis nos premiers émois, fidèle malgré les longues années
de mon absence, je te retrouve enfin. Je
connais les plus infimes de tes méandres, sinuant au fil de ton parcours,
goûtant avec délice le clapotis de ta complainte. Celle que je t'avais
présentée et que j'aimais comme un fou, n'est plus aujourd'hui
Vois
comme je la pleure et comme mon âme souffre de sa cruelle disparition. Les
grands arbres vénérables qui honorent ton merveilleux paysage portent
encore les marques juvéniles de nos initiales. Au soir de ma vie je reviens
vers toi, confidente et amie, avant d'entamer mon dernier voyage. C'est
auprès de toi en effet, témoin de mes premières amours, que
j'espère trouver la force de quitter ce monde devenu vide de sens. Au sein
de ton courant, qui baignera mes derniers instants, j'aurai le courage de retrouver
celle qui me manque tant. Merci à toi, compagne muette de nos rêves d'enfants et complice de nos plus beaux instants. Sache que je ne t'oublierai jamais et que dans mon ultime sacrifice, avant de fermer les paupières, c'est à la splendeur de tes berges et à la bienheureuse douceur qu'elles nous ont offerte, que je m'efforcerai de penser Ton éternel ami.
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