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Cymbali
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Par-delà la frontière
tanzanienne, Cymbali contemplait les majestueux contreforts du Kilimandjaro
dont les reliefs, baignés par la douce lumière opalescente
de l'astre solaire, se distinguaient très nettement. Il adorait
cette heure très matinale où, dans la brume diaphane montant
des terres brûlées par le soleil, les apparences de la nature
en éveil se mouvaient dans un ballet de splendeurs irréelles.
Cymbali vantait cette existence pastorale bienheureuse qui lui convenait
parfaitement. Derrière lui, à la lisière du parc
national du Tsavo Occidental, le jeune guerrier apercevait les fumerolles
blanches de son village. Son campement s'était établi dans
cette superbe région où, grâce à un gibier
abondant et de vastes pâturages, la survivance de leur ethnie nomade
se perpétuerait depuis la nuit des temps. Cymbali, jeune Massaï au charisme
attachant, bénéficiait de l'estime des siens et rêvait
de son proche mariage avec la belle Kimalé. Les accords étaient
scellés, depuis son plus jeune âge, comme le veut la coutume,
et seraient le point d'orgue à sa destinée. Il y aurait
ce jour-là une grande fête à laquelle seraient conviés
leurs voisins, les Kikuyus
Ils y danseraient alors tous ensemble,
au rythme des tambours et des chants traditionnels. Il
se promit qu'un jour, lorsqu'il aurait économisé un pécule
assez conséquent, grâce à la vente d'une partie de
son bétail, il emmènerait Kimalé à Mombasa
afin de la couvrir de cadeaux. Elle seule serait la mère de ses
enfants et tous deux connaitraient enfin l'immense bonheur de fonder une
véritable famille, un nouveau clan. Leur future existence commune
lui sembla dès plus merveilleuse. Soudain, l'attention de Cymbali
se porta vers un épineux bosquet d'où émanaient des
feulements rauques. C'était la deuxième fois que cette inquiétante
manifestation se produisait. Il n'y avait plus de doute, il était
revenu
Calmement, il fit coulisser sa longue sagaie entre ses mains,
releva lentement son bouclier bicolore, puis fit face à son ennemi.
Cymbali se mit courageusement à frapper cette protection dérisoire
du plat de sa lance, en poussant des cris de défiance à
l'encontre de la menace dissimulée. Les anciens lui avaient savamment
inculqué, dès son plus jeune âge, les secrets de la
chasse et les vertus de la bravoure. L'humilité, ainsi qu'un sens
très aigu de la réflexion, indispensables avant tout passage
à l'acte. Savoir jauger, mais surtout ne jamais sous-estimer son
adversaire
Cette prescience élémentaire manifeste,
alliée d'un courage certain, dénotait d'une évidente
maturité malgré sa jeunesse. Inutile de se sauver, cela
ne servirait à rien, sauf, à passer pour un couard, ou à
servir de festin de choix pour ce lion affamé. À ce propos,
le félidé en question émergea lentement d'un taillis
de hautes herbes et fixa intensément sa proie. Il sembla peser
lui aussi le pour et le contre, puis adopta une attitude sans équivoque
Sa posture devint extrêmement
menaçante et lorsqu'il retroussa ses babines, exposant une dentition
impressionnante, suivie de rugissements terrifiants, Cymbali ressentit
un frisson glacial parcourir son échine. Courageusement, le jeune
Massaï se prépara à l'affrontement inéluctable
Il campa derechef une posture calquée sur l'esbroufe, priant intérieurement
pour que son coup de bluff réussisse. Sa superbe et son attitude
guerrière semblèrent, de prime abord, poser un dilemme évident
chez son agresseur. Le vieil animal, car il s'agissait manifestement d'un
ex-adulte dominant rejeté par son clan, stoppa net son attaque.
Le troupeau de bovins, ayant lui aussi pressenti le danger imminent, terrorisé,
essaya désespérément de se regrouper en cercle sous
les morsures de Luo, le brave chien de berger familial. L'espace d'un instant, les yeux
s'affrontèrent. Des regards de défi où il n'y avait
plus la moindre place au doute, ni à aucune autre alternative.
L'animal sauvage sembla se décider, subitement, puis fonça
sur Cymbali. Une trentaine de mètres encore et il serait sur lui
Le valeureux Massaï releva alors son arme à l'horizontale,
campé sur ses jambes noueuses, puis, plaqua son frêle bouclier
ovale devant son visage et attendit le choc qui s'annonçait. Les
antagonistes roulèrent pêle-mêle, dans un nuage de
poussière ocre et aveuglant, avant de choir dans les pattes frêles
des bufs affolés du troupeau. Cymbali subit le terrible assaut,
ressentant les fulgurantes douleurs causées par les mâchoires
d'acier du fauve. Sans son bouclier pulvérisé
sous la charge, il eut probablement le visage emporté par la violence
inouïe de l'agression. Juste avant de sombrer dans l'inconscience,
Cymbali sentit l'haleine fétide du lion souffler le vent de la
fureur sur son visage
Malgré tous les efforts désespérés
pour se relever, les tentatives du courageux Massaï demeurèrent
vaines. Cymbali se dit qu'il devait être blessé, très
gravement ou, pire, parvenu déjà au paradis des braves
Sa vue se brouillait sans cesse, et il sentait par instants un liquide
chaud et gluant inonder son visage. Sans doute n'en avait-il plus pour
longtemps
Soudain, il put se mouvoir de nouveau, graduellement tout
d'abord, puis franchement ensuite. Des cris de joie lui parvinrent, proférés
dans une cacophonie non identifiable. Il sentit des mains le palper avec
une infinie douceur, des étoffes trempées d'eau fraîche
lui laver le visage ainsi que les membres de son corps meurtri puis, d'un
seul coup, le voile se déchira. La lumière aveuglante du
jour lui sauta aux yeux. Il était en vie
- Il recouvre ses esprits ! Dieu
soit béni, il est vivant ! Le cortège parvint peu après
aux abords du corral. "Enclos situé au centre du village et
cerné par une cinquantaine de huttes confectionnées par
les jeunes femmes Massaï, avec des structures en bois léger
enduites de bouses de bovidés". - Le peuple Massaï est amplement
honoré, Cymbali ! Par ta bravoure, ton sacrifice, tu montres aux
jeunes générations, et aux anciens que nous sommes, que
les valeurs que nous vous avons transmises ont fait une fois de plus leurs
preuves. Je tiens à te rendre un vibrant hommage, devant notre
village réuni au grand complet, afin que nul n'ignore la portée
de ton acte. C'est pourquoi, nous, doyens Massaïs, t'élevons
au rang de chasseur émérite au sein du grand conseil ! Qu'il
en soit ainsi ! Le chamane s'empressa ensuite au
chevet du jeune guerrier, recouvrant ses blessures de baumes savamment
confectionnés pour ce genre de plaies. Kimalé le secondait,
attentive aux moindres réactions de son aimé. De temps à
autre, elle adressait un regard inquiet et chargé d'interrogations
à l'adresse du respectable homme médecine, son père,
cherchant dans son attitude les réponses à ses muettes questions.
Soudain, les parents de Cymbali s'approchèrent silencieusement
de la couche de leur enfant. Le père caressa un instant les cheveux
tressés de Kimalé, puis s'accroupit au chevet de son fils,
tandis que la mère de celui-ci vint se serrer contre sa future
belle-fille. - Là, tout doux, mon fils. Je suis là, désormais. Nous sommes si heureux de te savoir en vie. Mon cur de père n'aurait pas survécu si Shamra, le Lion-Roi, t'avait ôté la vie Je vais bénir les cendres des anciens et prier celui qui nous observe en sa céleste demeure. Je lui confierai mes prières et le remercierai encore d'avoir épargné ton existence. Repose-toi, mon courageux fils. Ceux qui t'aiment vont veiller sur ton repos. Demain, nous reparlerons de tout ceci, tranquillement Le chamane se pencha ensuite sur
celui qui faisait battre le cur de sa fille. Il loua sa maturité
d'esprit, eu égard à son jeune âge, lui démontrant
que son choix dans les tractations maritales antérieures furent
judicieuses et lui confia : Seuls les esprits sacrés,
dans leur immense mansuétude, guidèrent le geste de Cymbali,
et par son authentique exploit, lui montrèrent la voie du courage
et de la délivrance. Demain serait un grand jour. Un de ces moments
qu'il est bon de mettre en exergue devant les témoins du passé,
du présent et les regards juvéniles de l'avenir. Au cur
d'une nuit agitée, Cymbali dut affronter bien d'autres démons
Ceux des fièvres malignes, ainsi que les souffrances provoquées
par les terribles morsures de Shamra. Son bras gauche était en
charpie, lacéré du poignet jusqu'à la base du cou
Des lambeaux de chairs rougies par le sang suppuraient, provoquant des
élancements dans tout son être. Le chamane semblait très
soucieux
Il fit appeler le père de Cymbali, qu'il supplia
de dépêcher une estafette vers Makindu pour quérir
les médications des blancs. - Seule leur médecine pourra
sauver ton fils. J'ai peur que mes plantes, et leur action, ne suffisent
à guérir son pauvre corps blessé. Il faut faire au
plus vite, ou je serai obligé de lui couper le bras afin que le
mal qui le ronge n'épuise la source de vie qui fait battre son
cur
Il n'y a plus de temps à perdre
Il faut te
hâter ! À l'aube du sixième
jour pourtant, et grâce aux remèdes prescrits par le médecin
de la petite mission de Makindu, Cymbali recouvra ses esprits et sa vitalité.
L'infection véhiculée par les blessures de Shamra fut définitivement
vaincue. Pour l'heure, Kimalé rayonnait
aux côtés de son futur époux. Déjà cinq
jours qu'elle veillait sur lui, remplacée de temps à autre
par la maman du blessé. Elle prenait alors un peu de repos avant
de rejoindre aussitôt celui qui serait le père de ses enfants.
Kimalé, fille unique du chamane, était belle et longiligne,
comme tous les Massaïs. Elle affichait parfois ce regard hautain
qui, allié à un port de tête altier, lui donnait des
apparences de grande noblesse. Au-dehors, il faisait grand jour. Cymbali
capta les signes familiers lui annonçant que le village était
réveillé. On s'affairait tout autour de sa hutte, et par
instants, des cris d'enfants apportaient une note de gaieté à
son tracas. Il écoutait attentivement leurs chuchotements, devinant
qu'ils lui feraient fête dès qu'il sortirait de sa hutte
Ce matin-là, c'est Kimalé qui paracheva la toilette du convalescent
et l'aida à se vêtir. - Tu es très beau ainsi,
mon futur époux. Comme je suis heureuse, si tu savais
Le jeune berger défit l'emballage
sombre et poussa un cri de surprise. Le chamane s'approcha à son
tour, puis s'adressa à son futur gendre : Les Massaïs connaissaient parfaitement,
et depuis l'aube des âges farouches, toutes les vertus essentielles
à l'épanouissement de leur société patrilinéaire.
Les hommes y tenaient les rôles prépondérants et leurs
femmes partageaient avec eux, outre les tâches quotidiennes de la
vie, une grande partie de l'éducation des enfants. Savant dosage
qui, malgré le côté tribal de leur existence, manifestait
d'un tangible équilibre au sein de leur ethnie. Un seul mot venait
à l'esprit en les observant
harmonie. - Cymbali, tu as vu comment ils
te regardent ? Combien ils sont désireux de te faire plaisir ?
Comme ils t'aiment, tout simplement ? Le chamane arriva promptement et
ordonna que l'on allonge le blessé sur sa couche. Il demanda à
sa fille de préparer un emplâtre, avec une pâte odorante
réalisée à base de plantes préconisées
pour accélérer la cicatrisation. Ensuite, il recommanda
à son entourage de veiller à ce que le blessé ne
bouge plus, quitte à l'attacher s'il le fallait
Cymbali demeura
alité la journée entière et la nuit qui suivit. Le
lendemain, en milieu de matinée, une petite délégation
constituée de femmes d'âge mûr et d'enfants vint quérir
le héros. Kimalé l'aidait à se vêtir lorsque
les émissaires se présentèrent. Une large bande de
tissu entourait son bras supplicié, l'empêchant de se mouvoir.
Consignes utiles afin de laisser le temps aux médications de faire
leur effet. Paré de ses plus beaux atours,
le vainqueur émergea dans la lumière du jour sous les clameurs
de la tribu réunie au complet. L'ovation perdura un long moment,
amenant chez le brave berger un embarras qu'il eut beaucoup de mal à
contenir. Les sages du clan Massaï ayant fait installer une sorte
de chaise haute, au beau milieu du corral, y firent monter celui qui devait
recevoir les hommages de son village. Les jeunes guerriers entamèrent
une danse rituelle, frappant leurs boucliers de leurs lances en martelant
le sol de leurs fines sandales de cuir. Un peu plus loin, des femmes rassemblées
en cercle, et accompagnées des enfants du village, scandaient leur
chant en tapant dans leurs mains. Les anciens, femmes et hommes réunis,
élevés au même rang dans l'échelle sociale
de leur ethnie, apprécièrent sans retenue ces manifestations,
y participant avec un plaisir évident. Les fiers guerriers Massaï
poussaient des cris sauvages en singeant les attitudes à tenir
afin d'impressionner un virtuel ennemi pour le terrasser ensuite. Cymbali
applaudissait à certains moments, donnant ainsi son approbation
sur la réalité des postures et leurs effets. Les scènes
gestuelles et les chants durèrent une bonne partie de la journée,
interrompus uniquement par un grand festin prit au zénith du soleil.
Demain, la vie reprendrait son cours, emplie de simplicité et de
labeur quotidien. Pour l'heure, il s'agissait d'honorer un guerrier, le
plus valeureux du village, en lui témoignant par ces joyeuses exhibitions
toute la reconnaissance et le respect dû à son ascension
dans l'échelle sociale du clan. Mis à part le chef du village,
aucun des membres ne pouvait se vanter d'un tel exploit. Il est vrai que
la plupart de celles ou ceux qui eurent maille à partir avec des
fauves d'un tel acabit, le payèrent de leur vie
Cymbali était
conscient de la chance inouïe qu'il avait eue et du fait que son
réflexe, guidé par un instinct de survie hors du commun,
lui avait sans aucun doute permis de surmonter avec panache cet obstacle
majeur. Dans la douceur du soir, réunis autour d'un grand feu de
joie, les anciens Massaïs contèrent aux jeunes de la tribu
les légendes de leurs ancêtres, transmettant ainsi leur savoir
aux générations futures. Les adolescents écoutaient
avec un profond respect, et ravissement, les paroles prononcées
par les sages lesquelles, véhiculaient par leurs bouches, prenaient
des accents magiques nimbés de mystère. Plus tard, au cur de la nuit,
Kimalé et Cymbali demeurèrent seuls, le regard perdu vers
les cimes du Kilimandjaro dont la silhouette se découpait sur la
sphère laiteuse de la pleine lune. Leurs curs battaient à
l'unisson. Main dans la main, ils se serraient l'un contre l'autre, faisant
des projets d'avenir pour leur vie commune. Ils auraient des enfants,
certes, un ou deux, mais il y aurait leur amour avant tout
Bien
qu'ils ne se soient pas choisis, leurs parents s'en étant chargés
à leur place dès que Kimalé avait franchi l'âge
de deux ans, ils s'aimaient d'un amour sincère. La douce et belle
jeune femme mangeait des yeux son futur époux, ressentant une immense
fierté à son encontre. Il serait un père accompli,
de cela elle n'en doutait pas un seul instant, mais il serait aussi et
surtout, un excellent mari
Elle le ressentait à la façon
qu'il avait de la toucher avec cette infinie délicatesse, cette
retenue emplie de douceur et de respect. Elle savait aussi, malheureusement,
que leur plaisir charnel ne connaîtrait pas l'apothéose à
laquelle ils étaient en droit de prétendre
La faute
en revenait à ces stupides et non moins cruelles lois tribales,
imposant de profondes blessures, comme celles de l'excision et contre
lesquelles il est très difficile de lutter
Elle se promit
alors de se rattraper autant que possible, et ferait, dans sa libido personnelle,
l'impossible afin de transcender leur amour. Ceux qui s'étaient
comportés comme des barbares, en mutilant son jeune corps innocent,
ne gagneraient pas cette fois, elle s'en faisait le serment. À
moins que, un autre fauve, plus fort encore
Elle frissonna, rien
qu'à l'idée de la mort affreuse à laquelle avait
échappé son valeureux Cymbali
- Ne sois plus inquiète,
mon amour, je suis là désormais... Au moment où Cymbali regagnait
sa hutte, il sentit une main se poser sur son bras valide. Il fit volte-face,
surpris. Celui qui se tenait près de lui n'était autre que
le chamane, son futur beau-père. Son visage semblait impénétrable. Les deux hommes se quittèrent
par une affectueuse accolade. Demeuré seul, Cymbali poussa un tel
cri de joie que tout le village manqua se réveiller
La lumière
opalescente du jour qui naissait, révéla un large sourire
sur le visage buriné du chamane. - Tu vas finir par nous donner le
tournis, à force d'aller et venir, mon fils. La dernière nuit fut terriblement
agitée pour les futurs époux. Enfin, l'aube du grand jour
vint les tirer d'un sommeil tardif dans lequel ils avaient fini par sombrer.
Tout le village s'éveilla au chant du coq de la basse-cour, lequel
céda bien vite la place à un concert de rires d'enfants
et de clameurs diverses. Cymbali sauta littéralement au bas de
sa couche et se dirigea sans plus attendre vers la rivière toute
proche pour y faire ses ablutions. Celles-ci achevées, il revint
au pas d'arpenteur vers les siens, qui s'activaient eux aussi. Une fois séchée, la
peau enduite d'embrocations concoctées par son chamane de père,
et réalisées à base d'huiles fleurées, Kimalé
enfila une longue robe multicolore. Ensuite, elle se para de précieux
bijoux d'or ciselé et de colifichets multicolores. Pour clore ses
préparatifs, la jeune femme chaussa de fines sandales de cuir tanné,
en peau de gnou, fixées par de minces lanières tressées.
Ainsi parée, la belle put enfin paraître au grand jour. Conduite
par sa mère, placée à sa droite, et par son aïeule,
à sa gauche, Kimalé sortit pour rejoindre le centre du Kraal
où l'attendaient le clan ainsi que les personnalités. Avant
de quitter la hutte familiale, les deux adultes posèrent sur les
cheveux coiffés de la promise une étoffe finement brodée.
Ensuite, les trois femmes se dirigèrent vers le lieu de la cérémonie.
À leur approche, un respectueux silence se fit. Cymbali patientait aux côtés
de ses parents, n'ayant d'yeux que pour la déesse noire qui s'annonçait.
Il ferma son esprit au reste du monde afin de ne voir qu'elle. Kimalé
leva le voile qui dissimulait son visage puis croisa le regard de son
fiancé. Leurs yeux étincelaient d'éclairs joyeux.
Il lui sourit gentiment. - Jeunes gens, vous, dont les parents
ont décidé votre union, je vous exhorte à uvrer
afin que votre existence soit un modèle pour tous les membres de
la tribu ! À transmettre nos valeurs à vos futurs enfants
et à faire en sorte qu'ils deviennent les dignes représentants
du peuple Massaï ! Veillez sur eux, comme vos parents ont su le faire.
Apportez-leur l'affection dont ils auront besoin, durant leur vie entière.
Sachez aussi les préserver des dangers qui ne manqueront pas de
se dresser devant eux. Enfin, pour conclure, je vous souhaite, au nom
de la tribu tout entière, un bonheur absolu et comblé d'amour.
Les battements de mains rythmant les chants traditionnels résonnèrent,
pendant que le chamane apposait les huiles sacrées sur les visages
radieux des époux. Devant les regards qui convergeaient vers eux,
le sage approcha ses lèvres du visage de la mariée et déposa
sur les joues de son enfant deux tendres baisers. - Je t'aime, ma Kimalé, et
te souhaite tout le bonheur du monde. Une ovation magistrale paracheva
ces respectables paroles, faisant place aux danses et aux manifestations
rituelles. La foule joyeuse encercla les nouveaux époux et se mit
à tourner autour d'eux dans une farandole endiablée. Guy Vigneau |
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