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| Rencontre |
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La
brise matinale faisait virevolter la chevelure légère de Déborah,
apportant sur son visage une délicieuse sensation de fraîcheur. L'air
alentour embaumait le jasmin et ces fragrances subtiles lui témoignaient
que le printemps semblait bien là, désormais. Les
quais de la Seine, déserts à cette heure de la matinée, guidèrent
ses pas au hasard de sa promenade. Son attention se porta ostensiblement sur l'onde
toute proche. Elle se remémora les instants de contemplation au cours desquels,
jadis, son regard d'enfant scrutait les rives du fleuve. Elle y retrouva les repères
familiers de sa jeunesse qui, sans le savoir, apaisèrent probablement son
âme d'adolescente. Quelques
instants plus tard, le bruit de ses escarpins se répercuta en écho
sous les voûtes des vieux ponts, signalant son approche aux petits moineaux
qui sautillaient autour des miettes de pain qu'elle leur lançait à
la volée. Ils lui adressèrent en remerciement leurs petits piaillements,
s'ébattant dans un concert de gazouillis chargés de reconnaissance. Elle
s'empressa de hâter le pas, non pas que cette rencontre soit d'une importance
vitale, simplement par souci de ne pas être en retard. Elle remonta les
marches de pierre du Pont Neuf, puis se retrouva avalée par le flot des
passants. Le vacarme incessant des voitures rompit l'enchantement de sa flânerie,
la plongeant d'un seul coup dans la réalité de la vie parisienne.
Elle aperçut enfin le petit café où elle avait rendez-vous
avec son amie de toujours et traversa l'avenue en courant. -
Bonjour ma louloute ! Excuse-moi, je suis à la bourre. Édith
adressa un signe discret au barman. Celui-ci arriva, puis, s'adressant aux jeunes
femmes, leur demanda : Les
deux jeunes femmes aimaient cet endroit, typiquement parisien, bondé le
plus souvent d'habitués qui, à tous moments de la journée,
venaient se plonger dans l'univers particulier qu'offraient les lieux. Une sorte
de microcosme subtil, composé du mélange d'odeurs diverses, de fumée,
de rires, de chuchotements et du mystère des rencontres, comme celle qu'allaient
faire Déborah et son amie
L'homme
élégant entra et passa devant leur table, alors que Déborah
riait aux éclats de la dernière blague salace que lui narrait son
amie. La
jeune femme arrondit ses yeux, en précisant : Édith
n'avait toujours pas détourné le regard qu'elle posait sur l'apparition. Cette
fois, les amies gloussèrent à l'unisson. Pendant ce temps, l'inconnu
en question passa commande d'un copieux petit déjeuner et se plongea dans
le journal déployé devant lui en attendant le retour de Maurice.
Édith attrapa au passage le garçon de café par son tablier
et lui demanda à voix basse : Les
deux amies rirent tellement, qu'elles attirèrent l'attention de leur voisin
Il posa sur elles un regard sibyllin puis, leur adressa un sourire à faire
se damner une abbesse. Le clin d'il d'Édith, qu'il reçut en
retour, fut sans équivoque
L'homme
en question venait de rassembler ses affaires et se présenta aux deux jeunes
femmes avec une extrême courtoisie. -
Voici ma meilleure amie, Déborah et moi-même, Édith, votre
guide dévoué, si vous le souhaitez. Une
fois le service installé, Maurice leur souhaita un bon appétit et
s'en retourna au bar, non sans jeter un coup d'il salace à Édith
qui le lui rendit sans complexe. -
Déborah est mannequin, chez Chanel et moi, styliste, dans la même
agence. Nous sommes ravies de faire votre connaissance, cher Dimitri. N'est-ce
pas, Debby ? -
D'où vient le fait que vous parliez si bien notre langue ? interrogea Déborah. -
Dommage ! Nous aurions pu déjeuner ensemble dans un resto de Montmartre
et vous faire visiter Paris cet après-midi, regretta Édith. Nous
sommes en congé
Ils
se séparèrent. Une fois seules, les deux jeunes femmes se regardèrent.
Déborah était sous le charme évident de cet homme distingué,
dont le parfum d'eau de toilette avait agréablement titillé ses
narines. Édith, elle, les yeux dardés sur la silhouette qui s'éloignait,
demeura bouche ouverte, sans prononcer le moindre mot. -
Je me disais bien que tu étais en chaleur, mais là ! Faut consulter,
ma louloute. Il
était dix-neuf heures environ lorsque les deux jeunes femmes se retrouvèrent
devant le palais de justice. La secrétaire à l'air renfrogné
qui les accueillit se demanda soudain si elle ne rêvait pas. Si les splendides
créatures qui demandaient après Maître Olkanov ne sortaient
pas d'un magazine de mode, à l'instant même. Ecurée,
elle leur indiqua le bureau de l'avocat puis, observa d'un il torve les
vamps monter les degrés de pierre du grand escalier, avec un sentiment
de profonde injustice. La
porte capitonnée était entrouverte. Les visiteuses entendirent Dimitri
s'exprimer dans sa langue maternelle avec une aisance qui leur fit chaud au cur.
Manifestement il s'agissait d'un proche ou d'une proche, ce qui inquiéta
Édith. Elles passèrent l'huis puis se retrouvèrent devant
un Dimitri, chemise ouverte, le corps rejeté en arrière dans son
fauteuil et les jambes croisées sur le bureau. Lorsqu'il les vit, il rectifia
sa posture puis, referma en partie sa chemise en leur adressant des signes de
bienvenue. La conversation dura encore deux minutes et il raccrocha. -
Je parlais à Tatiana, ma surette. Elle parle de venir me voir à
Paris et de s'inscrire à la faculté de droit. Je suis heureux de
cette nouvelle
Vous êtes absolument magnifiques ! Vous me faites un
immense honneur et je suis fou de joie à l'idée de vous inviter
ce soir. Ils
partirent, bras dessus, bras dessous et descendirent la volée de marches
sous les regards envieux des derniers retardataires. La Mercedes de l'avocat était
garée au sous-sol, qu'ils rejoignirent grâce à un minuscule
ascenseur où leurs corps se trouvèrent imbriqués de façon
équivoque
Dimitri eut les pires difficultés à s'extraire
de l'étroit réduit, tant Édith mettait un plaisir évident
à demeurer scotchée contre son anatomie
Il
abandonna un instant la partie mais se rendit très vite compte que l'issue
de la bataille passerait inéluctablement par le bon vouloir de ces deux
diablesses et que lui, digne représentant du grand empire, devrait affronter
l'adversité avec bravoure. Il essaierait d'être à la hauteur,
du moins si la lutte demeurait équitable
Dimitri logeait dans un
appartement cossu situé près du bois de Vincennes. Il ouvrit la
porte d'entrée de celui-ci, puis s'effaça devant les beautés
qui l'accompagnaient. Il leur fit visiter les lieux, les installa au salon, puis
ouvrit une bouteille de champagne avant de trinquer en leur compagnie. Sous
la douche, Dimitri recouvra ses esprits et fit le point sur la situation. Tout
semblait aller si vite qu'il se demanda s'il ne rêvait pas
Depuis
son installation à Paris il n'avait pas eu une minute à lui. Chercher
un appartement dans cette métropole avait été un véritable
parcours du combattant, à tel point qu'il avait bien failli s'installer
en province
Ensuite il avait fallu se meubler et s'occuper de tout un tas
de tracasseries administratives. Heureusement, le Barreau de Paris lui offrait
une très belle perspective de carrière, ce qui contribuait largement
à lui assurer une vie confortable. Il
repensa aux jeunes femmes qui l'attendaient dans son salon. La brune le fascinait
Celle qui s'appelait Déborah avait attiré son attention, dès
le premier regard. Ses yeux en amande, d'un bleu profond, illuminaient un visage
fin aux pommettes légèrement saillantes. Son splendide corps de
nymphe, la blancheur de sa peau ainsi que la classe naturelle qui émanait
d'elle, alliée à un port de reine, avaient embrasé son corps
et son esprit. Son
amie aussi était belle, certes, mais trop directe et un rien provocatrice.
Il n'aimait pas les femmes trop faciles, qui se donnent à qui veut bien
les prendre. Bien entendu elle n'était pas dénuée d'intérêt,
loin de là. Il aimait chez cette rousse aux yeux émeraude son côté,
franc-parler, sa gouaille, ainsi que son humour typiquement français. Assurément
une superbe plante. À peine plus petite que son amie, mais à manier
avec une certaine adresse. Incendiaire et sulfureuse à souhait
Un
concert de sifflets, émit par la torride Édith, lui rappela que
la soirée serait sans nul doute homérique et bourrée de surprises
en tous genres
Il écarta les bras, tournant sur lui-même comme
s'il demandait l'avis de ses admiratrices, obtenant d'elles les compliments qui
lui revenaient de droit. En
parfait gentleman Dimitri commanda un taxi à qui il donna l'adresse du
palace retenu par ses deux jeunes amies. Il s'agissait d'un restaurant très
huppé, du seizième, où le chef débordait d'imagination
afin de satisfaire le palais de ses convives. Le portier qui les accueillit les
introduisit dans l'un des saints Graals d'une cuisine dont les lettres de noblesse
remontaient aux temps les plus reculés et contribuaient ainsi au renom
du célèbre patrimoine culinaire français. On
les installa tous les trois dans un angle de la grande salle, à côté
des baies vitrées et un peu à l'écart des regards, car un
vent de panique, voire de folie, s'était soudainement levé à
l'apparition des deux sex-symbols. Du reste, certains convives ne se gênèrent
d'aucune façon pour dévisager avec insistance les nouveaux venus.
Regards réprobateurs pour certains, d'une envie manifeste pour d'autres,
obligés de faire, malgré tout, bonne figure devant leurs épouses
apoplectiques
Déborah
avait opté pour une robe fourreau de soie bleu nuit, qui ne laissait rien
ignorer de son anatomie tant elle épousait ses formes envoûtantes.
L'affriolant vêtement soulignait une chute de reins bouleversante, ainsi
qu'un large décolleté, quasiment ouvert et ne tenant que par miracle
sur une poitrine orgueilleuse. Lorsqu'il
croisa le regard d'Édith, Dimitri ne put s'empêcher d'éprouver
un choc suivi de délicieux picotements au creux de ses reins. La jeune
femme désirait de toute évidence passer la nuit avec lui promettant,
par ses appels pour le moins appuyés, qu'il n'aurait pas affaire à
une ingrate. Elle entendait, sans nul doute régler, à sa manière,
sa part d'addition en payant de sa personne
Déborah,
n'ignorant rien du manège de son amie, la connaissant sur le bout des doigts,
en profita subrepticement pour engager la conversation sur le thème de
la géopolitique, histoire de désamorcer une situation qu'elle sentait
de plus en plus instable
C'était de toute évidence sous-estimer
Édith, car, diabolique comme pas deux, elle avait quasiment déstabilisé
Dimitri. Ne sachant plus où se mettre, horriblement gêné,
le malheureux avocat dut intervenir fermement afin de mettre un terme à
la provocation. -
Édith, par pitié, soyez patiente
Je vous promets d'être
à votre écoute, le moment venu. Nous sommes ici pour passer une
bonne soirée et je trouve qu'il serait dommage de l'interrompre si rapidement
Les
plats arrivèrent à point nommé, permettant de détendre
une atmosphère un tant soit peu électrique. Ils se régalèrent
à satiété, alternant les saveurs des mets délicats
avec celles des vins fins. L'ambiance devint franchement grisante pour nos convives,
à tel point qu'au terme de la soirée les décors leur parurent
un tantinet mouvants. Le
rire de Dimitri provoqua, d'emblai, une folle hilarité lorsqu'ils s'engouffrèrent
dans le taxi qui venait de s'immobiliser devant le perron de l'établissement.
Durant le trajet, coincé entre les deux superbes créatures, Dimitri
ne sut où poser ses yeux tant les jeunes femmes, grisées, exhibaient
sans complexes leurs atouts. Le
jeune chauffeur du taxi, qui n'en perdait pas une miette, eut beaucoup de mal
à se concentrer sur sa route
Vingt minutes après, son automobile
stoppa devant la minuscule entrée de la boîte de nuit indiquée
par Édith. Quelques minutes encore et le pire aurait pu se produire, tant
à l'intérieur, qu'à l'extérieur, avec un accident
à la clef
En effet, dans la confortable douceur de la limousine,
flottaient les senteurs musquées des différents parfums, mélangées
à celle du soufre
Au
cur même de la discothèque, le vacarme était ahurissant.
Les décibels agressaient sans discontinuer les oreilles des festifs, à
tel point qu'il fallait hurler pour s'entendre. Tant bien que mal, les arrivants
réussirent à se frayer un chemin, vers un petit renfoncement où
deux minuscules fauteuils les attendaient. Dimitri proposa à ses amies
de s'asseoir, le temps qu'il aille quérir quelques boissons. Édith
profita aussitôt de son absence pour demander à Déborah, dans
le creux de l'oreille : Dimitri
parvint, après moult efforts, à rejoindre enfin ses deux amies.
À peine avait-il posé le plateau contenant des verres et une bouteille
de vodka-orange, que la sulfureuse Édith l'entraîna vers la piste
de danse la plus proche. Une longue série de slows langoureux venait de
débuter, ne laissant que peu de choix au jeune avocat. La
pieuvre ultra parfumée qui venait de le ravir déroula ses tentacules
autour de son cou et s'y agrippa avec l'énergie du désespoir, possessive
à souhait. Dimitri sentit le pubis de la jeune Française venir se
plaquer littéralement contre le sien, dans une attitude qui ne laissa planer
aucun doute sur les intentions de la belle rousse aux yeux de jade. Il croisa
son regard puis se retrouva, en un instant, la proie d'une bouche vorace venant
au-devant de la sienne. On eut dit qu'Édith jouait son va-tout, jetant
dans la bataille toute la séduction dont elle était capable. Envoûtante
à souhait. Le
baiser ultra fougueux qui s'en suivit, fut d'une extrême avidité.
Dimitri, au bord de la syncope, réussit tout de même à reprendre
son souffle. Il regarda avec une certaine angoisse sa compagne et lui demanda
: Dimitri
se fendit d'un rire clair, découvrant une dentition blanche comme de la
neige, puis finit par dire : L'avocat
prit le visage d'Édith entre ses mains et l'embrassa fougueusement, jusqu'à
chanceler. Ils dansèrent ainsi, évoquant un frêle esquif à
la dérive. Leurs corps fusionnaient, ondulant au gré de la musique.
Petit à petit, Dimitri attira Édith vers un coin sombre et posa
ses deux mains bien à plat sur les globes fermes de ses fesses. Il malaxa
sans vergogne les rotondités de sa partenaire, leur imprimant de savants
petits mouvements de balancier, tout en continuant de l'embrasser à pleine
bouche. -
Toi, alors ! On peut dire que tu sais rouler des pelles, reconnut la Parisienne.
Il va falloir pourtant la mettre en veilleuse, car, j'ai déjà la
culotte archi trempée et si ça continue, je ne vais plus ressembler
à grand-chose
Le mieux c'est que tu me ramènes chez moi, à
moins que tu veuilles que nous allions à ton appartement ? Dimitri
pour ce magnifique début de soirée. Deb" L'instant
d'après, elle s'éclipsa, abandonnant Dimitri dans le salon. Il se
dirigea vers le bar, en sortit un seau qu'il remplit d'eau et de glace pilée,
ouvrit une bouteille de champagne et la plongea dans le liquide glacé.
Ensuite, il ôta sa veste et attrapa deux flûtes en cristal. Au moment
de rejoindre celle qui l'attendait, il loucha sur son smoking en se souvenant
du petit mot laissé par Déborah. Il attrapa prestement le carton
et relut le message. Il s'aperçut alors qu'il s'agissait d'une authentique
carte de visite et que les coordonnées de la jeune femme étaient
inscrites en bas de la missive. Dimitri poussa un soupir de soulagement et remercia
silencieusement Déborah de lui avoir permis de la retrouver
Du moins
se força-t-il à croire à cette version. Il déposa
la carte dans son secrétaire, en ferma le tiroir à clef, puis se
dirigea tranquillement vers sa salle de bains. Un
petit clapotis attira son regard. Édith, allongée dans un nuage
de mousse parfumée, le fixait avec attention. Il déposa le seau
et les deux coupes sur un petit guéridon, le plaça au bord de la
baignoire et se dévêtit entièrement. La jeune femme poussa
un petit cri admiratif lorsqu'elle découvrit la nudité de l'homme
pour qui elle avait craqué. Dimitri
se glissa délibérément dans l'onde fleurée du bain,
puis attrapa les deux flûtes qu'il remplit avec adresse
Adresse était
bien le mot, car, durant l'exercice, l'émoustillante Édith caressait
le sexe de son futur amant avec une diabolique précision. Elle finit par
obtenir l'effet souhaité et trinqua avec lui en le regardant droit dans
les yeux, chavirée. -
J'ai eu envie de toi, dès le premier regard, reconnut la jeune femme. Oh,
que c'est bon ! Comme tu es fort
Ils
firent l'amour debout, au beau milieu de la pièce, puis sur l'épais
tapis, où ils roulèrent en riant contre la table basse. Elle le
laissa la prendre comme il la désirait, sans pudeur. La nuit s'écoula
ainsi et ce n'est qu'au petit matin qu'ils s'allongèrent sur le grand lit
aux draps de satin, afin de prendre un peu de repos. Les amants enlacés
s'endormirent d'un seul coup, terrassés par leur intense confrontation
amoureuse. En fin de matinée, Édith essaya d'appeler Déborah,
mais n'obtint que son répondeur. Dimitri
se rasait dans la salle de bains et revint au moment où Édith raccrochait
le téléphone. Il la regarda avec une certaine inquiétude. -
Vous avez bien de la chance, reconnut le jeune avocat. Tous mes amis sont restés
au pays, là-bas, en Russie
Je suis très heureux de vous avoir
rencontrées, toutes les deux, et ne voudrais surtout pas briser votre relation.
Si Déborah devait prendre ombrage du fait que nous sortions ensemble, je
m'éclipserais alors
-
Qu'est-ce que tu me chantes, là ! Tu vois, j'avais raison. Si le doute
s'installe entre nous, c'est foutu. Je n'aurais jamais dû accepter de sortir
avec l'une d'entre vous. À tous les coups, mon choix sera de toute façon
mal interprété
-
Du moment que je suis auprès de toi, lui souffla-t-elle en l'embrassant
tendrement, tu auras tout le temps que tu veux. Le
coupé se rangea silencieusement devant le porche de l'immeuble de Déborah.
Édith en jaillit comme si un farfadet était à ses trousses
et s'engouffra dans la cage d'escalier. Elle se rua aussitôt comme une folle
jusqu'au quatrième sans même un regard pour son amant qui, tranquillement,
venait d'appeler l'ascenseur. La
porte de l'ascenseur s'ouvrit quelques instants après sur une jeune femme
en larmes et trépignant de rage devant la porte d'un appartement apparemment
vide. Des
pas précipités se firent entendre, soudain, provenant du sixième
Édith
embrassa avec fougue son amie puis, railleuse, se retourna vers son amant qui
n'avait encore rien dit et lui lança : Dimitri
fut stupéfait par le loft élégant de la jeune femme. Il s'agissait
d'un superbe duplex, décoré avec un goût exquis. Quelques
photos de mode, disséminées çà et là, vantaient
la beauté de celle dont les atouts étaient figés grâce
au coup d'il infaillible des photographes de mode. Le jeune homme apprécia
les nombreux livres et bibelots, en connaisseur et resta un long moment à
observer les nombreux clichés épars. Les
jeunes femmes se dirigèrent vers la salle de bain, abandonnant Dimitri
dans le salon. Il en profita pour regarder quelques revues, confortablement assis
dans un sofa de cuir havane clair. Il entendait parfois les rires de ses amies
couvrir leur chahut. Insidieusement, le visage de Déborah lui revenait
sans cesse. Il n'arrivait pas à oublier la jeune femme, même lorsqu'il
faisait l'amour à Édith
Il n'aurait jamais dû céder
aussi vite à ses avances
À
cause de cette terrible erreur, il se voyait perdre le cur de celle qui
faisait battre le sien
Bien entendu, Édith était belle à
croquer et sa spontanéité avait fait le reste, mais, Déborah,
c'était autre chose... Perdu
dans ses pensées, il sursauta lorsque les deux femmes vinrent se poster
devant lui. Avec un il égrillard pour la première et une évidente
gêne pour la seconde. Il poussa une exclamation de joie en admirant les
beautés présentes. Le
trio quitta ensuite les lieux, abandonnant sur place des effluves de parfums capiteux
à souhait. Quelques instants après les deux femmes s'installèrent
dans la limousine de Dimitri, qu'il fit démarrer sur les chapeaux de roues,
un rien nerveux... Quelque
chose de nouveau s'était immiscé entre eux, sans qu'ils sachent
exactement quoi. Une attirance mutuelle, incontrôlable, comme un désir
secret qui vous ronge le cur
Des bouffées de chaleur empourpraient
parfois les joues du jeune mannequin. Édith, quant à elle, rejetée
en arrière dans son grand fauteuil d'osier, laissait le soleil chauffer
sa peau, les yeux fermés, heureuse. Soudain, sa voix claire perça
le silence : Édith
se redressa, comme si une mouche l'avait piquée. Des
larmes inondèrent soudain les joues de la jeune femme, juste au moment
où le patron de l'auberge apportait les plats. Les
jeunes femmes attaquèrent leur entrée, pendant que Dimitri faisait
le service du vin. Il se pencha sur Édith et plaqua sur sa joue droite
un baiser sonore. Déborah
lui serra doucement les mains, adressant un regard chargé d'une compassion
sincère à son amie de toujours. Son cur battait à tout
rompre, d'un seul coup. Le voile venait de se déchirer brutalement, exposant
la fragilité des êtres face aux aléas de la vie. Le reste
du repas se déroula dans une atmosphère de tristesse absolue, malgré
la beauté des lieux et les saveurs incomparables déposées
sur leur table. Vers
quatre heures de l'après-midi, ils quittèrent l'auberge afin de
regagner le centre de Paris. Le cur n'y était plus
Durant tout
le trajet ils ne dirent mot jusqu'à l'appartement de Déborah puis,
une fois arrivés, ils abandonnèrent celle-ci après de brefs
adieux. Dimitri prit sagement la direction du domicile d'Édith, qu'ils
atteignirent vers dix-huit heures. Parvenu devant l'élégant petit
immeuble, il gara sa voiture puis se retourna vers la jeune femme dont le visage
affichait une peine infinie. -
Je te sais sincère, mon Dimitri. Je suis tout simplement tombée
amoureuse de toi, comme ça, d'un seul coup et cela s'est révélé
à moi en faisant l'amour avec toi. Au début, je n'ai eu de cesse
de te draguer pour te mettre dans mon lit, parce que je te trouvais très
beau et si différent des types que je croise habituellement
Je me
suis rendue compte ensuite que tu incarnais l'homme qu'il me fallait et que ma
quête prendrait fin si tu voulais me garder avec toi et peut-être,
m'aimer, à ton tour
Les femmes sont comme ça, que veux-tu.
Même si nous sommes fantasques, par moments, il y a toujours au fond de
nous une petite fille qui rêve du prince charmant
Ils
restèrent silencieux un long moment. Dimitri avait pris Édith dans
ses bras et lui caressait la joue en lui couvrant le front de petits baisers affectueux
et doux. Elle gardait les yeux fermés, d'où quelques larmes s'écoulaient
silencieusement. Ses délicates narines dilatées s'emplirent du parfum
de cet homme merveilleux qui allait la quitter. Elle plongea son visage contre
le torse de son amant, juste avant d'éclater en sanglots. Un long moment
plus tard, Édith se redressa, embrassa furtivement Dimitri sur la bouche,
puis sortit de la berline en refermant la portière doucement. Celui-ci
regarda s'engouffrer la jeune femme dans le porche de son immeuble, puis disparaitre
à sa vue. Tout
était dit. Il ne servait à rien d'ajouter autre chose. Prononcer
des mots inutiles qui, de toute façon, conduiraient au même point
Le destin qui manipulait les êtres humains pouvait être ainsi, à
la fois cruel et merveilleux. Édith
demeura injoignable et ne rappela pas son ex-amant. Une semaine entière
passa, sans qu'Édith et Déborah ne revoient Dimitri. Les deux amies
se rencontrèrent au cours de leurs nombreuses activités professionnelles,
à plusieurs reprises. Elles avaient repris le travail avant la date prévue,
sans se concerter, éprouvant le besoin de trouver un exutoire au vide causé
par l'absence de celui qui avait, sans le vouloir, bouleversé leurs vies.
Les deux femmes s'étaient retrouvées sachant, l'une et l'autre,
que le hasard, qui avait placé cet homme sur leur chemin, se jouait d'elles.
Elles ne le laisseraient pas faire. Leur amitié y survivrait, même
si l'une d'elles semblait avoir les faveurs du sort
Les défilés
de mode, ainsi que les séances de photos et les essayages, s'enchainèrent
alors. Le
messager du destin vivait, quant à lui, un véritable calvaire. Il
n'était bon à rien et qui plus est, venait de perdre sa toute première
affaire devant les tribunaux. Conscient de sa condamnable inefficacité,
Dimitri sollicita un congé exceptionnel auprès de la direction du
célèbre cabinet d'avocats qui l'employait et décida enfin
de tenter sa chance. Il fallait à tout prix forcer le destin
Le
mannequin sentit une vague de chaleur envahir son corps puis se mit tout à
coup à frémir légèrement. Un petit frisson, délicieux
certes, mais oh combien révélateur, parcouru sa colonne vertébrale.
La chance semblait se manifester à nouveau
-
Allons, Dimitri. Il ne faut pas vous sentir coupable à ce point. Édith
est très belle et je connais bon nombre de garçons qui la mettraient
dans leur lit avec un infini plaisir
Vous ne devez plus vous tourmenter
ainsi. -
Édith est totalement abattue, Dimitri
Je sais que ce n'est pas de
votre faute, mais il faut vous mettre à ma place ! Elle est mon amie de
toujours et je ne me vois pas sortir avec vous alors que vous venez de rompre
Un
long silence s'en suivit. La jeune femme tenait le combiné d'une main tremblante.
Ainsi donc, elle ne s'était pas trompée
Il éprouvait
de l'amour pour elle
Ses regards, si appuyés, n'avaient pas menti
Perdue dans ses réflexions, elle sursauta à la voix anxieuse de
son interlocuteur et faillit laisser échapper l'appareil dans l'eau du
bain. Déborah
reposa le combiné ivoire sur son support et se laissa couler entièrement
dans l'eau chaude afin de calmer les battements de son cur. " Il est
amoureux de moi, pensa-t-elle
J'étais folle d'inquiétude à
l'idée de ne plus le revoir et voilà que le destin nous fait signe
à nouveau. Comment faire pour qu'Édith ne se doute de rien, du moins
pour l'instant ? Le temps que je lui explique, tout au moins. " De
son côté, Dimitri venait de raccrocher et n'osait croire à
sa chance. Déborah était une femme élégante, réservée,
sensible, belle comme une aurore boréale et ne goûterait guère
qu'il se comportât comme un goujat empressé. Il se devait d'être
respectueux de leur accord tacite et faire montre de patience. À lui de
contrôler son tempérament slave. Le cur du jeune avocat cognait
à tout rompre provoquant une excitation, telle, qu'il eut un mal fou à
la modérer. " Là, tout doux mon beau, calme-toi. Elle est éprise
de toi, sois-en sûr
Il faudra que tu attendes et en contrepartie,
je te promets de nous la ramener. Elle nous appartiendra, à jamais, Dieu
m'en est témoin. " Il se doucha longuement, laissant l'eau chaude irriguer la moindre parcelle de sa peau et ferma les yeux pour ne plus voir que son visage. Jamais, au cours de ses aventures, il n'avait connu une telle passion amoureuse. Dimitri pensa aux siens, demeurés en Russie et qu'il eut bien aimé revoir pour leur crier tout l'amour qu'il éprouvait envers cette Française, si merveilleuse. Il était convaincu, désormais, qu'elle était la femme de sa vie et que sa destinée ne saurait être qu'à ses côtés. Il se sécha soigneusement
tout en réfléchissant à la conduite à tenir. Il fallait
être patient. Surtout, ne pas commettre le moindre faux pas
Quelques
minutes plus tard, il se présenta à l'interphone du luxueux appartement
de son amie. Elle lui répondit sans attendre et le prévint qu'elle
descendait le rejoindre. À son arrivée, il poussa un soupir de joie,
la rassura sur sa beauté puis l'embrassa tendrement. Le jeune mannequin
portait pour l'occasion une robe fourreau noire, fendue très haut sur des
bas ultrafins, rehaussés d'escarpins vernis. Elle arborait un chignon savamment
coiffé et porté bas sur la nuque. Une petite rivière de diamants,
délicatement posée sur sa gorge, cascadait entre ses seins dont
le décolleté paraissait vertigineux. Deux boucles d'oreilles en
forme de larmes, longues et fines, encadraient un visage au maquillage léger,
mais sophistiqué. On eut dit une déesse. Vénus en personne
Dimitri
demeura ébahi par tant de classe et de beauté. Il affirma pourtant
: Le
portier s'empressa auprès d'eux, tandis que le voiturier conduisit la voiture
vers les parkings du célèbre établissement. Le hall somptueux
amena sur le visage de la jeune femme un émerveillement non dissimulé.
Au cours de ses déplacements, lors de défilés de mode, ou
de séances de photos, elle n'avait connu un tel luxe. Déborah se
retourna puis déposa un baiser furtif sur les lèvres de Dimitri. Le
maître d'hôtel accourut auprès d'eux, obséquieux à
souhait, puis les conduisit vers la salle de restauration. À leur approche,
le silence se fit. Des dizaines de paires d'yeux les dévisagèrent
un instant, comme s'il se fut agi du couple de l'année. Déborah
rayonnait. Elle s'installa sur le fauteuil, galamment approché par son
ami, puis se plongea un court moment dans la contemplation de la vaste pièce.
Dimitri prit place à son tour et commanda une bouteille de champagne d'un
millésime prestigieux. Déborah
fixa soudain gravement son ami, sans rien dire, troublée. Dimitri lui prit
les mains délicatement, avec une infinie tendresse et les serra doucement.
Ils demeurèrent ainsi, jusqu'à l'arrivée du sommelier. L'attente
ne fut pas longue et lorsqu'ils se retrouvèrent seuls, à nouveau,
le jeune homme leva son verre en cristal afin de porter un toast. La
soirée fut d'une exquise qualité, alternant la saveur des mets avec
celle des vins fins. Chacun à leur tour, les jeunes gens brossèrent
le tableau de leur vie. Ils se confièrent le contenu d'un passé
retraçant tous les évènements majeurs qui firent l'essentiel
de leur jeune existence. Rien ne leur fit obstacle, tant ils avaient hâte
de connaître tout l'un de l'autre. La griserie provoquée par les
alcools aidant ils rirent de leurs galéjades et passèrent ainsi
une soirée inoubliable. Plus tard, Déborah confia : Les
deux jeunes gens passèrent ensuite dans l'un des confortables salons jouxtant
le restaurant, où ils se firent servir du café et petites pâtisseries.
Ils goûtèrent au bonheur d'être ensemble à nouveau,
prolongeant autant que faire se peut ces instants magiques. Un peu plus tard,
Dimitri proposa de terminer la soirée dans une boîte de nuit élégante. Dans
la voiture, ils devisèrent comme si leur dialogue ne devait jamais devoir
se tarir, partageant manifestement le bonheur de s'être reconquis. Parvenus
devant un club privé, ils s'installèrent dans l'un des box douillets
où on leur servit des boissons. Quelques
danses plus tard, ils rejoignirent leurs fauteuils afin de reprendre leur souffle.
Déborah se dandinait sur son pouf, manifestement folle des rythmes latins.
Une série de slows vint se succéder aux airs de salsa. Dimitri prit
délicatement les mains de la jeune femme puis l'entraîna à
sa suite. Ils se fondirent dans une foule compacte où ils s'infiltrèrent
comme ils purent afin d'évoluer à leur aise. Ils
évoluaient lentement,
serrés comme sardines en boîte. Cela permit néanmoins au jeune
avocat slave d'enlacer au plus prèscelle
qui consumait son cur. Elle répondait aux pressions de ses mains,
grisée par la musique, les exhalaisons musquées des parfums alentour,
ainsi que l'effet des boissons alcoolisées
Déborah concordait
aux appels de son ami et tout naturellement, leurs bouches s'unirent dans un baiser
passionné. Ils ne purent se résoudre à ce que leurs lèvres
se quittent, durant toute la série de slows. Puis, au moment de rejoindre
leur place, Dimitri avoua : Durant
le trajet du retour ils ne dirent mot. Comme si la magie avait subitement laissé
la place à un vide déconcertant. Déborah sembla s'abandonner
à quelques rêves secrets, tandis que Dimitri se concentrait sur la
conduite. Plus tard, sa voiture vint se ranger devant l'hôtel particulier.
Il descendit à regret, laissant le moteur tourner, contourna le véhicule
et vint ouvrir délicatement la portière de sa passagère.
Le visage du jeune avocat affichait une tristesse infinie. Avec effort, il précisa
: Ils
se dirigèrent alors vers l'ascenseur, se tenant par la main et une fois
à l'intérieur soudèrent leurs bouches d'un baiser violemment
passionné. Au cours de la montée, qui dura un instant, ils chancelèrent
comme pris de vertiges. Leurs corps ne faisaient qu'un. La porte de l'appartement
ouverte ils se jetèrent dans le salon, fermant l'huis du pied et tombèrent
à même la moquette où, fous de bonheur, ils roulèrent
en riant. Après quelques câlins ardents, Déborah entraîna
délibérément Dimitri dans sa chambre où ils s'étendirent
sur le vaste lit de la jeune femme. Prolongeant
leurs baisers, Dimitri caressa longuement ce corps alangui de déesse, avec
une douceur consommée. Sa main fine remonta le long des cuisses fuselées,
progressant lentement sous l'étoffe diaphane, puis atteignit l'échancrure
du string noir bordé de dentelles. Il s'enhardit jusqu'aux plus intimes
secrets de son amante et s'aperçut alors, avec ravissement, que Déborah
le désirait elle aussi
Dimitri
fit glisser le linge délicat avec d'infinies précautions, jusqu'aux
chevilles qu'il dégagea de toutes entraves, puis remonta vers le sexe offert.
Il couvrit cette peau délicate et abondamment parfumée de baisers
brûlants, en même temps qu'il essayait de se dévêtir
avec une telle impatience que celle-ci amena un rire de gorge chez sa partenaire.
Lorsque son ardeur atteignit son paroxysme, il plongea doucement son sexe turgescent
dans celui de la jeune femme qui poussa un feulement rauque. Dimitri,
au comble de l'extase et du bonheur, se mit à labourer à grands
coups de reins le sexe embrasé de Déborah. Elle s'accrochait à
lui, telle une naufragée agrippant son bateau à la dérive.
Gémissant sans arrêt, grisée de plaisir, elle releva soudain
ses cuisses à la verticale puis les écarta au maximum afin que son
fougueux amant puisse la posséder à sa guise. Dans cette posture,
leur chevauchée éperdue ne dura que quelques instants
Dimitri
ne put retenir plus longtemps la vague de fond qui annonçait son plaisir
et se répandit à longs traits brûlants dans le ventre de celle
qu'il désirait si ardemment. Les
amants se retrouvèrent ensuite dans la baignoire ronde de Déborah,
où l'eau du bain détendit leurs corps et les incita de nouveau à
l'amour. C'est Déborah elle-même qui vint s'empaler sur le sexe impérieux
de celui qui avait ravi son cur et dont elle était tombée
éperdument amoureuse. La jeune femme ronronna de plaisir, rien qu'à
la sensation d'être envahie tout entière. Les amoureux, encore ivres de leur bonheur, jouirent à plusieurs reprises avant de se détendre dans l'onde bienfaitrice du bain. Comblés, ils gagnèrent ensuite le douillet refuge des draps de satin du lit de Déborah. Là, épuisés par leurs joutes amoureuses, ils s'abandonnèrent aux bras de Morphée. L'amour venait de transfigurer leur vie, pour toujours, leur offrant en récompense un avenir empli d'une indicible félicité. Fin Guy
Vigneau |
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